Tiphaine, 26 ans, professeur d’histoire-géo #22M

Tiphaine M portrait professur d'histoire géo

« En fait, honnêtement, c’est grâce à mon travail de prof que j’ai commencé à prendre confiance en moi.  Avant, je n’avais pas du tout confiance en moi,…. du tout ….dans aucun domaine de vie. Et puis le fait de réussir dans mon travail, d’être responsable, d’être capable et aussi de créer une relation comme j’ai créé avec tous mes élèves, chaque année,  j’ai commencé à me rendre compte que …du coup….j’étais douée dans quelque chose que j’avais des qualités [patience, écoute, diplomatie même charisme] et c’est agréable de pouvoir se dire…ben…qu’on est là. » 

Ok, je rembobine.

Je la rejoins aux Mureaux, c’est un vendredi après-midi. Elle ne travaille pas le vendredi après-midi. 

« – Je vais te montrer mon collège.

– Oui, bien sûr.

– C’est là, c’est dans la cité !

– Ok…ok

– On  va croiser mes élèves….  Elle regarde partout avec attention, à l’affût. Attends euh…..non pas eux, ils sont trop petits, euh oui là…. Elle !! Elle est dans ma classe !! Ah oui, à l’arrêt de bus on va surement en voir.

– D’accord, d’accord.

– Ah oui, lui, je t’en ai parlé, et là voilà c’est mon collège…. et là je me gare ici d’habitude, il y a les voitures de mes collègues. »

Tellement d’excitation dans sa voix.

De l’histoire au CAPES* en passant par le journalisme. L’histoire a toujours été la matière préférée de Tiphaine (ça la fait rêver…). Elle obtient un Bac L en 2006 et s’inscrit à la fac. Ce sera licence d’histoire. L’étudiante fait des rencontres qui vont lui ouvrir l’esprit sur ses perspectives d’avenir.  Notamment, une amie s’orientant vers le journalisme. Elle se met à croire qu’elle est aussi intéressée par le journalisme…. Au bout de 2 mois et demi et une grosse somme d’argent dépensée pour payer l’école, elle retourne à l’université, ce sera Master de recherche en histoire. Hum, une petite pause, s’impose…Avant d’intégrer l’école de journalisme, Tiphaine avait une vision comment dire…romancée du métier, les caméras, les strass, les paillettes (elle a longtemps fait du théâtre donc la mise en scène fait partie d’elle). Et là, en quelques semaines, elle réalise que ce métier requiert surtout beaucoup de travail, beaucoup de temps derrière un ordinateur.  Dommage, elle n’est pas fan des ordinateurs. Honnêtement, est-ce que vous vous souvenez d’un seul prof d’histoire qui était doué avec la technologie ? Parce que franchement moi, non. D’ailleurs, c’était même un peu tous les profs ; Booouhhh le cliché…mais quand même…. Pour moi, c’était déjà un signe.

Donc, elle prend conscience de la réalité du métier et comme elle le reconnaît, « il faut de la passion pour être journaliste », elle ne l’a pas.  Au moins, c’est clair. D’où le retour à l’université en recherche. Cette année elle rédige son mémoire « Rire au théâtre pendant la Terreur », j’imagine que c’est le type de mémoire qu’on écrit quand on aime l’histoire et le théâtre …! Elle passe son CAPES pendant sa 5ème année.

Passage du concours en bref :

1ère tentative (1ère  année) : épreuves écrites validées + épreuves orales non validées =  échec au concours.

L’état d’esprit est toujours positif chez notre étudiante, elle ne s’est pas vraiment préparée… donc 1 épreuve sur 2 est un bon résultat. Avec du travail, ça devrait le faire.

2ème tentative (2ème année) : idem; épreuves écrites validées + épreuves orales non validées = échec au concours.

Cette fois,  elle s’est plus investie et les résultats aux écrits sont très bons. Cependant, l’épreuve orale lui résiste toujours. Là, elle se dit qu’elle va devoir bosser à fond.

3ème tentative (3ème  année) : épreuves écrites validées + épreuves orales validées = réussite aux concours – Félicitations Mademoiselle !

Tiphaine a révisé avec un groupe de travail et avec sérieux. C’est une belle réussite,  elle est  « bien classée » 180 sur des milliers de candidats présentés et seulement 750 retenus pour exercer. Grâce à ce bon classement, elle peut travailler au sein de son académie d’origine, Rouen son premier choix.

D’académie en académie, de collège en collège. Elle est mutée le 1er  septembre 2013, professeur certifié stagiaire au collège Roger Gaudeau, Les Andelys (Eure, Normandie) à 24 ans.

« La période de stage dure 1 an et ça permet aux inspecteurs de vérifier que tu peux faire ce métier parce que tu peux avoir le bagage intellectuel et pas la capacité à être prof »

Elle raconte que cette année se déroule bien. En fait, elle ne savait pas vraiment si elle allait aimer le métier. Jusque là, elle avait fait quelques stages mais jamais seule face à une classe, uniquement avec un professeur lui disant quoi faire. Le hic, elle n’aime pas être « chapeautée ». Au bout d’un mois aux Andelys, c’est une évidence, ça lui plait.  Elle reconnaît que toutes les conditions sont réunies : bon établissement, collègues sympas, tutrice excellente.

Pour sa première année en tant que titulaire, Tiphaine rejoint l’académie de Créteil couvrant la Seine Saint Denis 93, le Val de Marne 94 et  la Seine et Marne 77. Elle fait ce changement pour des raisons sentimentales (elle se rapproche de son petit ami, qu’elle a rencontré lors du « groupe de travail CAPES »). Son collège est en Zone Prévention Violence (rassemblement d’établissements autour d’un projet partenarial de lutte contre la violence). Elle est professeur principal, elle doit animer un atelier « maîtrise de la langue », ce qui n’est pas commun pour un professeur d’histoire.  De plus, les relations avec ses collègues et la direction ne sont pas fameuses. Heureusement, une chose reste immuable, elle adore sa relation avec les élèves. Cette année est difficile, cependant, elle lui permet de gagner en maturité. Les responsabilités forgent.

Aujourd’hui, une nouvelle académie lui ouvre ses portes. Bonjour, Versailles depuis la rentrée 2015. Elle cherchait un cadre de vie qui lui corresponde davantage (Elle vit à Vernon, Eure 27). Tiphaine enseigne au collège Jules Verne aux Mureaux, « je suis en REP+ (Réseau d’Education Prioritaire anciennement ZEP) et zone violence, « il n’y a aucune diversité sociale et économique ». Pour la plupart, les élèves n’ont pas les moyens de faire des sorties culturelles, « ils voient toujours la même chose, ils font le tour de la cité, on est aux Mureaux, ils ne vont même pas à Paris, jamais ». En plus, les professeurs ne restent pas, il n’y a pas de continuité. C’est compliqué pour les élèves.

Au démarrage, il a fallu plus de patience avec certaines classes, mais maintenant les choses sont rentrées dans l’ordre. Un professeur fait en général 18h par semaine ce qui correspond à environ 6 classes. Il faut ensuite ajouter le temps de création des cours, le temps de correction des copies, les conseils de classe et réunions diverses. Cette année Tiphaine suit une classe de 6ème,  trois classes de 5ème, une classe de 4ème et des groupes de 3ème. Bien entendu, à chaque niveau son programme et à chaque classe son rythme.

« Le niveau 5ème est mon niveau préféré, parce que j’ai l’impression qu’ils sont à l’âge où ils sont encore émerveillés par les choses, par les gens et ils peuvent encore le dire sans paraître….enfin sans être honteux et ils sont toujours motivés, tu leur proposes des trucs, ils sont pour, ils ne font jamais les fines bouches»

 « J’adore me sentir utile, mais ça doit être un peu de l’égoïsme ».

Transmettre son savoir à des élèves, les aider à progresser pour son plaisir personnel…Il y a définitivement pire comme défaut.

 

 

* Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré

 

 

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